Le froid industriel et commercial financé par les CEE
Dans le dispositif CEE, le froid industriel se traite par deux opérations sans rapport entre elles. La première remplace la machine, la seconde ajoute une régulation à la machine existante. Leurs tickets vont de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Un paramètre décide du montant avant tous les autres, et ce n’est ni la puissance ni le secteur : c’est l’usage du froid produit. À machine identique, l’écart de forfait entre une climatisation de confort et un datacenter atteint le facteur onze.
Les deux familles d’opérations
Le remplacement de l’installation relève de BAT-EQ-117. L’opération substitue au fluide hydrofluorocarbure une installation au CO₂, subcritique ou transcritique. Le ticket est lourd, le gain énergétique et réglementaire l’est aussi.
La régulation de pression flottante ne touche pas à la machine. Elle ajoute un automate qui ajuste en continu une consigne de pression, à la hausse comme à la baisse, selon la demande réelle. Six fiches la couvrent, trois pour la haute pression et trois pour la basse.
Les deux familles se cumulent dans le temps. Une régulation posée aujourd’hui reste valorisable, et le remplacement de la machine pourra faire l’objet d’un second dossier plus tard.
Les fiches CEE mobilisables
Haute pression, basse pression : l’écart décisif
Les deux régulations portent des noms voisins et des montants sans commune mesure.
La haute pression flottante calcule en continu la consigne optimale de pression de condensation selon la température extérieure, puis ajuste la puissance de refroidissement au condenseur. C’est la plus rentable : elle tire parti de chaque degré gagné sur l’air extérieur.
La basse pression flottante adapte la consigne de pression d’évaporation, ou de température en sortie d’évaporateur, au besoin de froid du moment.
L’écart de forfait frappe en tertiaire hors confort : 19 100 kWh cumac par kilowatt en haute pression contre 3 600 en basse pression pour la zone H1. En industrie, la haute pression atteint 14 300 kWh cumac par kilowatt en zones H1 et H2.
Les deux ne s’opposent pas techniquement : une installation peut recevoir les deux régulations, chacune sur sa fiche. Le détail des deux mécanismes figure sur la page régulation HP et BP flottante.
L’usage du froid décide du montant
C’est la particularité de ces fiches, et elle échappe aux estimations rapides.
La fiche tertiaire BAT-TH-134 prévoit trois grilles distinctes pour la même opération de haute pression flottante, selon ce que refroidit le groupe. Trois chiffres suffisent à mesurer l’écart, en zone H1 et en condensation par rapport à l’atmosphère.
- Climatisation d’un datacenter : 22 800 kWh cumac par kilowatt.
- Réfrigération ou conditionnement d’ambiance hors confort : 19 100 kWh cumac par kilowatt.
- Climatisation de confort d’un local : 2 000 kWh cumac par kilowatt.
Le rapport entre le premier et le dernier atteint onze. Un même automate, sur un même groupe de 200 kW, vaut donc 4 560 MWh cumac sur un datacenter et 400 MWh cumac sur une climatisation de bureaux.
La logique tient à l’usage : un groupe qui tourne toute l’année à charge constante produit beaucoup plus d’économies qu’un groupe de confort arrêté sept mois sur douze.
Le cas particulier du datacenter
Le datacenter est l’usage le mieux doté du dispositif froid, mais son traitement diffère selon la fiche.
En haute pression flottante, BAT-TH-134 lui réserve sa grille la plus élevée. En basse pression flottante, BAT-TH-145 l’exclut explicitement de son secteur d’application.
Un exploitant de salle informatique ne peut donc valoriser qu’une seule des deux régulations. C’est une asymétrie du catalogue, pas une erreur de lecture.
Le mode de condensation, second paramètre
Il divise les montants presque par deux, et se lit sur l’installation existante.
La condensation par rapport à l’atmosphère couvre les condenseurs à air sec, les aéroréfrigérants, les condenseurs évaporatifs et les tours ouvertes ou fermées. C’est le cas le mieux doté.
La condensation à eau seule désigne les condenseurs alimentés par une nappe ou un cours d’eau. Le forfait chute : 13 400 kWh cumac par kilowatt au lieu de 19 100 en tertiaire hors confort, zone H1.
La raison est physique. Une eau de nappe garde une température stable toute l’année, si bien que la régulation a moins de marge à exploiter que sur un condenseur soumis aux variations de l’air extérieur.
L’effet de la zone climatique
Le forfait décroît du nord vers le sud, à l’inverse d’autres opérations de chauffage.
En tertiaire hors confort, la haute pression flottante vaut 19 100 kWh cumac par kilowatt en zone H1, 17 000 en H2 et 16 400 en H3. Les fiches industrie et agriculture regroupent quant à elles les zones H1 et H2 dans un même forfait, et ne distinguent que la zone H3.
La cohérence est là aussi physique : plus l’air extérieur est froid une grande partie de l’année, plus la haute pression flottante peut abaisser sa consigne de condensation.
La page calcul de la prime détaille le mécanisme commun à toutes les opérations, et la page prix d’une installation frigorifique donne les montants du cluster.
Les conditions à respecter
Elles sont plus légères que sur d’autres opérations, avec une exception notable.
L’étude technique préalable concerne BAT-TH-134, BAT-TH-145 et AGRI-UT-104. Elle précise les besoins en froid, la puissance électrique nominale nécessaire, l’architecture du groupe et sa puissance totale. AGRI-UT-103 et IND-UT-116 ne l’exigent pas.
Le rapport de BAT-EQ-117 va beaucoup plus loin : températures et puissances des besoins positifs et négatifs justifiées, caractéristiques du groupe existant, cas et option retenus, références des éjecteurs. C’est le document le plus lourd du cluster.
Les deux fiches tertiaires écartent les bâtiments neufs de catégorie CE1 lorsque le froid sert la climatisation de confort. Les conditions complètes figurent sur la page éligibilité groupe froid.
Le calcul retient enfin la puissance électrique nominale de plaque du groupe, compresseurs de secours exclus. Ce dernier point se vérifie sur les installations redondantes, où la moitié de la puissance affichée peut ne pas compter.
Le froid par secteur
L’industrie mobilise IND-UT-115 et IND-UT-116, avec les forfaits de haute pression flottante les plus élevés après le datacenter tertiaire. La page froid industriel en industrie traite le sujet.
L’agroalimentaire et l’agriculture relèvent d’AGRI-UT-103 et AGRI-UT-104, aux forfaits plus modestes mais aux conditions plus souples. Voir la page froid agroalimentaire.
Le commerce alimentaire relève des fiches tertiaires et de BAT-EQ-117 pour le remplacement de centrale. Le passage au CO₂ transcritique y est devenu la norme : la page CO₂ transcritique détaille les trois cas et les cinq options de la fiche.
Le tertiaire de bureaux reste le parent pauvre : son froid sert le confort, dont les forfaits sont les plus faibles du cluster. Les autres opérations mobilisables figurent sur la page CEE tertiaire.
Par où commencer
La régulation flottante passe avant le remplacement de machine, dans presque tous les cas.
Trois raisons le justifient. Le ticket est sans commune mesure. L’opération ne touche pas au circuit frigorifique, donc n’impose aucun arrêt d’exploitation. Et le forfait par kilowatt reste élevé, ce qui donne un taux de couverture supérieur.
Le remplacement au CO₂ se décide sur un autre terrain que la prime : l’échéance réglementaire sur les fluides à fort potentiel de réchauffement, l’âge de la centrale et le coût de la maintenance. La prime en réduit le reste à charge, elle ne déclenche pas la décision.
Les opérations complémentaires sur un site de production figurent sur la page CEE industrie, celles d’un site agroalimentaire sur la page CEE agroalimentaire, et l’ensemble des opérations traitées ici sur la page solutions CEE.
Sources
Les forfaits, les grilles par usage, les définitions des modes de condensation et les conditions viennent des fiches BAT-EQ-117, BAT-TH-134, BAT-TH-145, IND-UT-116, AGRI-UT-103 et AGRI-UT-104, publiées par le ministère chargé de l’énergie.
Nous vérifions le statut de chaque fiche contre notre référentiel, qui s’appuie sur le catalogue du 84ᵉ arrêté et sur les arrêtés parus sur Légifrance. La fiche IND-UT-115 y figure en vigueur en version A15-1, mais son texte n’est plus servi en ligne par le ministère : nous n’en citons donc aucun forfait.