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L’air comprimé industriel et ses primes CEE

L’air comprimé industriel est l’utilité la plus coûteuse d’une usine par unité d’énergie utile : la compression, le refroidissement et les fuites en dissipent l’essentiel avant l’outil.

Le dispositif le traite par cinq fiches, qui couvrent toute la chaîne — produire, traiter, piloter, utiliser, et récupérer ce qui est perdu. C’est la couverture la plus complète du catalogue sur une seule utilité.

5fiches, du compresseur basse pression à la mise en veille
9 500kWh cumac par kW, sécheur à adsorption en marche continue
20 à 30 %de l’air produit perdu en fuites sur un réseau ancien
0fiche pour la réparation de ces fuites

Les cinq fiches et ce qu’elles couvrent

Chacune agit à un endroit différent de la chaîne.

  • IND-UT-120 — la production : un compresseur d’air basse pression à vis ou centrifuge, pour les applications sous 1,5 bar relatif.
  • IND-UT-122 — le traitement : un sécheur à adsorption régénéré par apport calorifique.
  • IND-UT-124 — le pilotage : un séquenceur électronique qui régule la pression du réseau et engage les compresseurs.
  • IND-UT-140 — l’usage : un dispositif de mise en veille automatique sur une machine utilisatrice.
  • IND-UT-103 — la récupération : un système de récupération de chaleur sur le compresseur.
Compresseur d'air à vis dans son caisson insonorisé, relié à un ballon d'air vertical dans une salle technique.

Aucune de ces fiches n’exige d’étude préalable ni de qualification particulière. Les dossiers reposent sur la preuve de réalisation, éventuellement complétée par un document du fabricant.

Les fiches CEE mobilisables

Fiches CEE mobilisables sur cette opération
Code ficheSecteur de la ficheStatut
IND-UT-103IndustrieEn vigueur
IND-UT-120IndustrieEn vigueur
IND-UT-122IndustrieEn vigueur
IND-UT-124IndustrieEn vigueur
IND-UT-140IndustrieEn vigueur

Un code cliquable mène au dossier de l'opération qui porte aussi cette fiche.

Le compresseur basse pression, forfait record

IND-UT-120 verse 19 300 kWh cumac par kilowatt de puissance électrique nominale, l’un des forfaits les plus élevés du catalogue industriel.

Ce montant s’explique par une condition stricte : l’opération ne vise que les applications nécessitant de l’air à basse pression, sous 1,5 bar relatif. C’est le domaine de l’aération de bassins, du transport pneumatique, du séchage et de l’oxygénation.

Sur ces usages, la pratique courante consiste à prélever de l’air sur un réseau à 7 bars puis à le détendre — une aberration énergétique que la fiche corrige en finançant une production dédiée.

Deux conditions encadrent l’opération.

  • La puissance électrique nominale reste inférieure à 400 kW.
  • Les compresseurs de type lobes ou roots, et ceux à plusieurs étages en série de type soufflantes, ne sont pas éligibles.

Cette seconde exclusion surprend, car les soufflantes sont fréquentes sur ces applications. La fiche ne finance que la technologie à vis ou centrifuge.

Le séquenceur, et le poids de l’optimisation d’énergie

IND-UT-124 finance un séquenceur électronique qui régule la pression de service du réseau. Avec optimisation d’énergie, il définit en plus l’engagement optimal des compresseurs.

L’écart entre les deux versions est le fait marquant de la fiche. Sur deux compresseurs pilotés, le forfait passe de 560 à 2 400 kWh cumac par kilowatt — un facteur 4,3 pour une option logicielle.

L’écart se resserre en proportion avec le nombre de machines, sans jamais disparaître : sur huit compresseurs, 3 700 sans optimisation contre 5 600 avec.

Une règle de plafond s’applique enfin au-delà de huit compresseurs. La puissance retenue est alors celle des huit compresseurs les plus puissants, les autres ne comptant pas. Les grilles complètes figurent sur la page prix d’un compresseur d’air.

La mise en veille : le seul forfait qui décroît

C’est la particularité la plus contre-intuitive de tout le catalogue, et elle mérite d’être comprise.

IND-UT-140 finance un dispositif qui abaisse la pression à 3 bars au plus pendant les phases d’inutilisation d’une machine. Le forfait se compte en kWh cumac par litre par minute de débit, et il baisse quand la machine tourne davantage.

Le forfait part de 71 kWh cumac par litre par minute sur un site en 1×8 avec arrêt le week-end, et descend jusqu’à 30 sur un site en 3×8 continu. Les deux régimes intermédiaires valent 57 et 45.

La logique est imparable. La fiche rémunère l’air non consommé pendant les arrêts : une machine qui tourne en continu a peu de phases de veille, donc peu à économiser.

Toutes les autres fiches du dispositif fonctionnent à l’inverse, en récompensant les heures de fonctionnement. Confondre les deux logiques conduit à surestimer un projet d’un facteur deux.

Les conditions sont par ailleurs d’une précision rare. Le procédé doit être discontinu, la pression de service comprise entre 6 et 6,5 bars absolus, et le débit entre 200 et 4 000 litres par minute. Le dispositif comprend un débitmètre, un régulateur proportionnel et un manomètre. Le détail figure sur la page éligibilité air comprimé.

Le sécheur à adsorption

IND-UT-122 finance un sécheur à adsorption dont la régénération utilise un apport calorifique — résistances électriques, chaleur récupérée sur un compresseur, ou chaleur d’un procédé.

Un sécheur régénéré uniquement par balayage d’air sec n’est pas éligible. C’est précisément le mode le plus consommateur, puisqu’il prélève de l’air comprimé produit pour le détendre à l’atmosphère.

Le forfait suit le régime de fonctionnement du site, de 2 300 kWh cumac par kilowatt en 1×8 à 9 500 en 3×8 sans arrêt le week-end. La puissance retenue est la somme des puissances des compresseurs connectés au sécheur, et non celle du sécheur.

Cette base de calcul est inhabituelle : un petit sécheur raccordé à une grosse centrale ouvre les mêmes droits qu’un gros sécheur.

La récupération de chaleur sur compresseur

Presque toute l’électricité absorbée par un compresseur ressort sous forme de chaleur, le plus souvent perdue dans le local technique.

IND-UT-103 prime sa réutilisation sur site : chauffage, eau chaude sanitaire ou procédé. Son forfait atteint 43 100 kWh cumac par kilowatt pour une valorisation en procédé, sur un site en 3×8 sans arrêt.

Une exclusion précise accompagne la fiche : la récupération interne au compresseur pour la régénération d’un sécheur d’air n’est pas éligible. La page récupération de chaleur sur compresseur traite cette opération.

Ce que le dispositif ne finance pas

Il faut le dire, parce que c’est le premier gisement d’un réseau d’air comprimé.

Aucune fiche standardisée ne finance une campagne de détection et de réparation de fuites. Sur un réseau ancien, les fuites représentent pourtant couramment 20 à 30 % de l’air produit, et leur réparation ne coûte presque rien.

Le dispositif ne finance pas davantage l’abaissement de la pression de consigne du réseau, autre action gratuite dont le gain est immédiat — environ 7 % de consommation par bar retiré.

Ces deux actions restent donc à la charge de l’exploitant. Elles se traitent avant toute opération financée, faute de quoi le matériel neuf produira un air qui continuera de fuir.

Par où commencer

L’ordre logique suit la chaîne à l’envers : d’abord l’usage, ensuite la production. Quatre étapes s’enchaînent.

  1. Réduire la demande : réparation des fuites, suppression des usages inadaptés, mise en veille des machines par IND-UT-140.
  2. Traiter l’air au bon niveau : sécheur adapté au besoin réel, par IND-UT-122.
  3. Piloter la centrale sur la demande réduite, par IND-UT-124.
  4. Reprendre la production en dernier, par IND-UT-120 sur les usages basse pression, et récupérer la chaleur par IND-UT-103.

Un site qui remplace son compresseur avant d’avoir traité ses fuites achète une machine surdimensionnée pour quinze ans — la durée de vie conventionnelle retenue par la fiche.

Les conditions de chaque opération sont détaillées sur la page éligibilité air comprimé, et les montants sur la page prix d’un compresseur d’air. La page obligés CEE explique qui achète les certificats, et la page calcul de la prime comment le volume devient un montant.

Les contraintes réglementaires qui s’ajoutent

Une centrale d’air comprimé n’est pas seulement une affaire d’énergie. Les réservoirs et les canalisations relèvent de la réglementation des équipements sous pression, avec ses obligations de suivi en service.

Ces contraintes ne conditionnent pas les primes, mais elles rythment les interventions sur l’installation : une opération financée se planifie utilement en même temps qu’un contrôle périodique. La page réglementation des compresseurs d’air fait le point sur ces obligations.

La page CEE industrie liste les autres opérations d’un site de production, et la page solutions CEE l’ensemble des opérations traitées ici. Les repères communs au dispositif figurent sur la page tarifs et aides.

Sources

  • Les fiches IND-UT-120, IND-UT-122, IND-UT-124 et IND-UT-140 pour les forfaits, les exclusions et les conditions propres à chaque opération.
  • La fiche IND-UT-103 pour la récupération de chaleur sur compresseur d’air et son exclusion de la régénération de sécheur.

Chaque forfait cité ici est relevé dans le texte de sa fiche, tel que le ministère chargé de l’énergie le publie.

Un arrêté peut modifier ou abroger une fiche à tout moment. Son statut se vérifie donc sur Légifrance avant tout engagement de dépense.

Les ordres de grandeur sur les fuites et sur l’effet d’une baisse de pression relèvent de la pratique du métier, et non du texte des fiches : ils sont donnés ici à titre indicatif.

Air comprimé : les autres pages du dossier

Autres opérations finançables en industrie

Questions fréquentes

Quelles opérations CEE existent sur l'air comprimé ?

Cinq : la récupération de chaleur sur compresseur par IND-UT-103, le compresseur basse pression par IND-UT-120, le sécheur à adsorption à apport calorifique par IND-UT-122, le séquenceur électronique par IND-UT-124, et la mise en veille automatique d'une machine par IND-UT-140.

Quelle opération rapporte le plus au kilowatt ?

Le compresseur d'air basse pression d'IND-UT-120, à 19 300 kWh cumac par kilowatt de puissance électrique nominale. Il est réservé aux applications sous 1,5 bar relatif.

Le séquenceur vaut-il l'optimisation d'énergie ?

Largement. Sur deux compresseurs pilotés, le forfait passe de 560 à 2 400 kWh cumac par kilowatt avec l'optimisation d'énergie. L'écart reste d'environ 1 900 sur huit compresseurs.

Pourquoi la prime de mise en veille baisse-t-elle quand la machine tourne plus ?

Parce qu'elle rémunère les heures d'inutilisation. Le forfait passe de 71 kWh cumac par litre par minute en 1x8 à 30 en 3x8 sans arrêt : une machine qui tourne en continu a peu de phases de veille.

Faut-il une étude préalable ?

Aucune des cinq fiches n'en exige. Les dossiers reposent sur la preuve de réalisation et, le cas échéant, un document du fabricant.

Les fuites d'air comprimé sont-elles financées ?

Pas directement : aucune fiche standardisée ne finance une campagne de détection et de réparation de fuites. Le gain reste pourtant le plus immédiat d'un réseau d'air comprimé.

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Page mise à jour le 25 septembre 2026.