Le froid agroalimentaire et ses primes CEE
Le froid agroalimentaire relève de deux jeux de fiches selon le statut de l’exploitation. AGRI-UT-103 et AGRI-UT-104 couvrent le secteur agricole ; IND-UT-115 et IND-UT-116 couvrent l’industrie, y compris agroalimentaire.
L’écart entre les deux jeux atteint 26 % sur la haute pression flottante. Le choix ne relève pourtant pas d’une option : il découle du secteur d’activité réel, et il se tranche avant l’étude.
Où le froid pèse dans la filière
La production de froid représente le premier poste électrique de la plupart des exploitations et ateliers du secteur.
Quatre usages dominent. Le refroidissement du lait en tank, la conservation en chambre froide positive, la congélation ou la surgélation, et le maintien en température des ateliers de transformation.
Ces installations partagent un trait qui les rend intéressantes pour les certificats : elles fonctionnent en continu, toute l’année. Une chambre froide ne s’arrête pas en hiver, contrairement à une climatisation de confort.
C’est ce fonctionnement permanent qui justifie les forfaits, et qui explique qu’une régulation se rembourse ici plus vite que partout ailleurs.
Les fiches agricoles : AGRI-UT-103 et AGRI-UT-104
Le secteur d’application des deux fiches est l’agriculture. Elles couvrent les deux régulations de pression flottante, sur le même principe que leurs équivalentes tertiaires et industrielles.
AGRI-UT-104, haute pression flottante, verse en kWh cumac par kilowatt de puissance électrique nominale :
- 10 600 en zones H1 ou H2, et 9 700 en zone H3, en condensation par rapport à l’atmosphère.
- 6 200 en zones H1 ou H2, et 5 400 en zone H3, en condensation à eau seule.
AGRI-UT-103, basse pression flottante, verse 830 kWh cumac par kilowatt, sans distinction de zone climatique ni de mode de condensation. C’est le forfait le plus simple du cluster, et le plus faible.
Les deux fiches retiennent quatorze ans de durée de vie conventionnelle. Pour comprendre ce que chaque régulation gagne réellement, voir la page régulation HP et BP flottante.
Une étude exigée sur une fiche, pas sur l’autre
C’est la différence de dossier à connaître, et elle ne suit aucune logique apparente.
AGRI-UT-104 exige une étude technique préalable, établie par un professionnel ou un bureau d’études. Cette étude précise les besoins en froid, la puissance électrique nominale nécessaire, les caractéristiques du groupe et sa puissance totale. Elle constitue le document justificatif spécifique de l’opération.
AGRI-UT-103 ne la mentionne pas. Son dossier se limite à la preuve de réalisation, qui mentionne la mise en place d’un système de régulation sur un groupe de production de froid.
Les pièces communes aux sept fiches du cluster figurent sur la page éligibilité groupe froid.
La question du secteur déclaré
C’est le point qui décide du montant, et il se traite avec l’obligé avant toute étude.
Une exploitation agricole qui refroidit sa production relève des fiches AGRI. Une entreprise agroalimentaire qui transforme relève de l’industrie, donc d’IND-UT-116 et de son forfait de 14 300 kWh cumac par kilowatt.
Entre les deux existe une zone grise bien réelle : la coopérative qui collecte et transforme, l’exploitation qui pratique la vente directe avec un atelier de découpe, le groupement qui exploite une unité de conditionnement.
L’écart de forfait atteint 3 700 kWh cumac par kilowatt entre AGRI-UT-104 et IND-UT-116 en zones H1 ou H2. Sur un groupe de 100 kW, cela représente 370 MWh cumac, soit 1 800 à 3 300 €.
La qualification ne se choisit pas : elle découle de l’activité et du statut réels du bénéficiaire. Mais elle se documente, et mieux vaut le faire avant le dépôt que devant un contrôle. Les opérations mobilisables par une entreprise du secteur figurent sur la page CEE agroalimentaire, et par une exploitation agricole sur la page CEE agricole.
Configurations types
Quatre situations couvrent l’essentiel des exploitations et des ateliers du secteur. Les euros restent indicatifs : le prix du certificat se négocie.
Tank à lait et chambre froide, zone H2, groupe de 30 kW, condensation sur air. Le calcul donne 10 600 × 30, soit 318 MWh cumac, de l’ordre de 1 600 à 2 900 € pour une dépense de 3 000 à 6 000 €.
Chambre froide de coopérative, zone H1, groupe de 120 kW, condensation sur air. Le calcul donne 10 600 × 120, soit 1 272 MWh cumac, de l’ordre de 6 400 à 11 400 €.
Le même groupe requalifié en industrie. Le forfait passe à 14 300, soit 1 716 MWh cumac et 8 600 à 15 400 €. L’écart de qualification vaut ici 2 200 à 4 000 €.
Atelier de surgélation, zone H3, groupe de 250 kW en industrie. Le calcul donne 13 500 × 250, soit 3 375 MWh cumac, de l’ordre de 16 900 à 30 400 €.
Les grilles complètes et le détail du calcul figurent sur la page prix d’une installation frigorifique, et le mécanisme de valorisation sur la page calcul de la prime.
Ce qu’une exploitation doit vérifier
Quatre relevés suffisent, et ils se font sans étude.
- La puissance électrique nominale de chaque groupe, lue sur la plaque signalétique.
- Le mode de condensation : à air, sur tour, ou sur eau de forage ou de source.
- La zone climatique, sachant que les fiches agricoles regroupent H1 et H2.
- Le secteur d’activité effectivement déclaré par le bénéficiaire.
Le deuxième point mérite attention en élevage laitier, où le refroidissement par eau de forage reste répandu. Il fait chuter le forfait de 10 600 à 6 200 kWh cumac par kilowatt, soit une perte de 42 %.
Combiner avec les autres opérations
La régulation flottante se pose avant tout investissement lourd sur le froid. Trois raisons l’imposent sur une exploitation.
- Le ticket reste modeste : quelques milliers d’euros, contre plusieurs dizaines pour une centrale neuve.
- L’exploitation continue : aucune intervention sur le circuit frigorifique, donc aucune rupture de la chaîne du froid.
- La prime couvre la dépense dans la plupart des configurations en haute pression flottante.
Ce dernier point fait de l’opération la porte d’entrée naturelle d’un plan pluriannuel sur le froid.
Elle se combine avec la récupération de chaleur sur le groupe froid, qui valorise la chaleur rejetée au condenseur pour préchauffer l’eau de lavage ou l’eau chaude sanitaire. En agriculture, deux fiches se partagent ce sujet : AGRI-TH-105 pour un tank à lait, AGRI-TH-104 pour tout autre groupe de froid — cette dernière excluant explicitement le tank à lait.
Une précision s’impose ici : la fiche industrielle équivalente, IND-UT-117, est abrogée depuis le 1ᵉʳ août 2025. Un atelier déclaré en industrie ne peut donc plus valoriser cette récupération, alors qu’une exploitation agricole le peut encore. C’est le seul point où la qualification agricole devient plus favorable.
Attention toutefois à l’ordre : une récupération de chaleur mal conçue peut contraindre la pression de condensation, et donc réduire la marge de la régulation flottante. Les deux se dimensionnent ensemble, pas l’une après l’autre.
Le panorama des opérations du cluster figure sur la page prime CEE froid industriel, et l’ensemble des opérations traitées ici sur la page solutions CEE.
Passer à l’étude
Trois questions ouvrent le dossier d’une exploitation ou d’un atelier.
- Sous quel secteur le bénéficiaire est-il déclaré : agricole ou industriel ?
- Quelle puissance électrique chaque groupe de froid affiche-t-il sur sa plaque ?
- Sur quoi condense-t-il : air, tour, ou eau de forage ?
La page froid en industrie donne les forfaits d’IND-UT-116 et les simplifications de dossier propres à ce secteur. La page qui peut bénéficier des CEE détaille les conditions communes, et la page obligés CEE le rôle de chaque acteur.
Sources
- Les fiches AGRI-UT-103 en version A19-1 et AGRI-UT-104 en version A23-1, pour le secteur d’application, les forfaits, l’étude technique préalable et la durée de vie conventionnelle.
- La fiche IND-UT-116 en version A14-1, pour les forfaits industriels cités en comparaison.
- Notre référentiel des fiches, pour le statut en vigueur, corrigé par les arrêtés parus sur Légifrance.
Le ministère chargé de l’énergie publie ces trois textes. La frontière entre secteur agricole et secteur industriel ne relève d’aucune fiche : elle découle du statut et de l’activité du bénéficiaire, et se tranche avec l’obligé au montage du dossier.