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La chaleur fatale en industrie et son financement

La chaleur fatale en industrie se trouve partout sur un site de production : fumées, buées, effluents, condenseurs, compresseurs. Le gisement n’est jamais le problème.

Le problème est ailleurs, et il décide du projet : existe-t-il un besoin de chaleur au même moment et au bon niveau de température ? Toutes les fiches du cluster tournent autour de cette question.

4fiches industrie, et un non-cumul qui les oppose
43 100kWh cumac par kW en valorisation dans un procédé
1fiche tombée en 2025 qui laisse un trou dans le catalogue
×4,2ce que le seul régime de fonctionnement change au montant

Les gisements d’un site de production

Les fiches nomment elles-mêmes les sources qu’elles visent, et la liste couvre l’essentiel d’une usine.

  • Les fumées de fours et de chaudières, les plus chaudes et les mieux valorisables.
  • Les buées de séchage, abondantes en agroalimentaire, papeterie et céramique.
  • Les condenseurs de groupes frigorifiques, disponibles en continu.
  • Les effluents de traitements humides ou thermiques, souvent tièdes et corrosifs.
  • La chaleur des compresseurs d’air, la plus simple à capter.

Une condition commune les qualifie : l’effluent, liquide ou gazeux, doit dépasser 25 °C. En dessous, le dispositif ne reconnaît pas la source.

La chaleur doit par ailleurs provenir du site où l’opération est réalisée, dans les limites cadastrales des parcelles de l’entreprise. Un gisement voisin ne compte pas, même à quelques dizaines de mètres.

Les quatre fiches industrie

Elles correspondent à quatre destinations de la chaleur, et non à quatre techniques.

IND-UT-103 finance la récupération sur un compresseur d’air, pour un chauffage de locaux, une eau chaude sanitaire ou un procédé. C’est la seule fiche du cluster à fonctionner au forfait par kilowatt.

IND-UT-137 finance une rehausse de température par pompe à chaleur, quand la chaleur récupérée n’atteint pas le niveau utile. La puissance thermique « chaud » du système ne doit pas dépasser 5 MW.

IND-UT-138 finance la conversion en électricité ou en air comprimé, autoconsommés sur site. La vente à un tiers est exclue.

IND-UT-139 finance le stockage : une batterie thermique, seule ou en série, décale la chaleur vers le moment où le besoin existe.

IND-UT-118 vise par ailleurs la récupération de chaleur sur un four industriel, par un brûleur équipé d’un dispositif de récupération. Son texte n’est plus servi en ligne par le ministère : nous n’en publions aucun forfait.

Le trou laissé par IND-UT-117

Il faut le signaler, parce que l’offre commerciale n’a pas suivi.

Depuis le 1ᵉʳ août 2025, plus aucune fiche ne finance la récupération de chaleur sur un groupe de froid industriel. IND-UT-117, qui la couvrait, a été abrogée sans remplacement.

Un industriel qui équipe le condenseur de sa centrale d’un désurchauffeur ne touche donc plus rien à ce titre. L’opération reste financée en tertiaire par BAT-TH-139 et en agriculture par AGRI-TH-104.

Une voie subsiste néanmoins : la chaleur du condenseur peut servir de source froide à une pompe à chaleur en rehausse, au titre d’IND-UT-137. Attention toutefois à l’exclusion qui accompagne cette fiche — la chaleur issue du refroidissement d’un procédé en circuit fermé côté évaporateur d’un groupe frigorifique n’est pas éligible. Le montage est détaillé sur la page récupération sur groupe froid.

Le régime de fonctionnement décide du montant

C’est la spécificité industrielle du cluster, et elle pèse plus que la technique.

Sur IND-UT-103, le forfait dépend du régime du site autant que de l’usage de la chaleur. Pour une valorisation dans un procédé, il va de 10 300 kWh cumac par kilowatt en 1×8 à 43 100 en 3×8 sans arrêt le week-end.

Sur les autres fiches, l’effet est le même par un autre chemin. Les formules multiplient une puissance par une durée annuelle d’utilisation : un site en trois-huit valorise trois fois plus d’heures qu’un site en journée.

Un corollaire s’impose donc au dimensionnement. Sur un site en 1×8, mieux vaut souvent stocker la chaleur pour l’utiliser en dehors des heures de production que la récupérer en direct. Les grilles complètes figurent sur la page prix d’une récupération de chaleur.

Le non-cumul, à traiter avant l’étude

Sur un site industriel, les fiches s’excluent largement les unes les autres.

IND-UT-138 exclut six fiches et IND-UT-139 en exclut quatre, dont chaque fois les autres voies de valorisation du même gisement. Le détail des exclusions figure dans les conditions de chaque fiche.

IND-UT-137 ouvre la seule brèche, et elle vaut sur les gros gisements. Son non-cumul ne porte que sur la fraction de source qu’elle valorise. Les fractions restantes peuvent être valorisées sur d’autres fiches, tant que la somme des volumes ne dépasse pas le gisement total.

Sur un four dégageant un fort débit de fumées de four, ce mécanisme autorise un montage en deux temps. Une fraction part en rehausse par pompe à chaleur vers un besoin de procédé ; une autre alimente un stockage qui couvre les périodes d’arrêt. Chaque fraction se documente dans sa propre étude de dimensionnement, et chaque dossier se monte séparément.

Les conditions détaillées figurent sur la page éligibilité récupération de chaleur.

Trois configurations types

Les volumes appliquent les formules des fiches, et les euros restent indicatifs.

Compresseur d’air de 75 kW sur un site en 3×8 continu, chaleur envoyée vers un procédé. Forfait maximal de la fiche : 43 100 kWh cumac par kilowatt, soit 3 232 MWh cumac et 16 200 à 29 100 €. La dépense se situe entre 8 000 et 20 000 €.

Rehausse par pompe à chaleur sur des buées de séchage. Le gain net atteint 2 500 MWh par an — 3 500 MWh fournis moins 1 000 MWh d’électricité absorbée. Le volume s’établit à 27 465 MWh cumac, soit 137 000 à 247 000 €.

Stockage de 2 000 kWh cyclé 300 fois par an, rendement de 90 %. Le calcul donne 7 632 MWh cumac, de l’ordre de 38 000 à 68 700 €.

Le premier cas se finance entièrement par la prime. Les deux autres n’en couvrent qu’une part, et se décident sur l’économie d’exploitation.

Par où commencer sur un site

Le recensement du gisement précède tout, et il tient en quatre colonnes par source.

  1. La nature de l’effluent : fumées, buées, condenseur, eaux de procédé.
  2. Sa température et le nombre d’heures annuelles où elle dépasse 25 °C.
  3. Le volume annuel, à comparer aux plafonds de 16 GWh.
  4. La chaleur déjà récupérée sur cette source, à déduire du gisement disponible.

Un second inventaire, tout aussi important, liste les besoins de chaleur du site avec leur température et leur profil horaire. C’est le croisement des deux qui décide de la voie de valorisation.

Sans simultanéité entre gisement et besoin, la récupération directe ne produit rien. Il faut alors décaler dans le temps par un stockage, changer de niveau par une rehausse, ou sortir la chaleur du site par un réseau — trois montages nettement plus lourds.

Combiner avec les autres opérations du site

La récupération de chaleur fatale s’inscrit rarement seule dans un plan.

Elle se combine avec les opérations de production d’utilités, notamment sur l’air comprimé, dont la chaleur constitue justement l’un des gisements. Les opérations mobilisables sur un site de production figurent sur la page CEE industrie, et l’ensemble des opérations traitées ici sur la page solutions CEE.

Sur un site agroalimentaire, les buées de séchage et les condenseurs de froid constituent les deux gisements principaux. Le sujet est traité sur la page CEE agroalimentaire.

Lorsque le site ne trouve aucun besoin interne, l’export vers un réseau de chaleur urbain devient la seule voie. Elle est détaillée sur la page valorisation vers un réseau de chaleur.

Passer à l’étude

Le panorama complet des cinq voies figure sur la page prime CEE chaleur fatale. Les conditions communes à tous les bénéficiaires sont détaillées sur la page qui peut bénéficier des CEE, et le rôle de chaque acteur sur la page obligés CEE.

Sources

  • Les fiches IND-UT-103, IND-UT-137 en version A84-3, IND-UT-138 et IND-UT-139 en version A73-2, pour les secteurs, les gisements nommés, les forfaits, les formules et les clauses de non-cumul.
  • Notre référentiel des fiches pour l’abrogation d’IND-UT-117 au 1ᵉʳ août 2025, vérifiée contre le catalogue du 84ᵉ arrêté.
  • Les fiches BAT-TH-139 et AGRI-TH-104 pour les secteurs qui financent encore la récupération sur groupe de froid.

Ces textes sont publiés par le ministère chargé de l’énergie. Leur version applicable dépend des arrêtés parus au Journal officiel, consultables sur Légifrance — c’est là que se vérifie l’abrogation d’une fiche avant d’engager une étude.

Chaleur fatale : les autres pages du dossier

Autres opérations finançables en industrie

Questions fréquentes

Quelles fiches s'appliquent à un site industriel ?

IND-UT-103 sur un compresseur d'air, IND-UT-137 pour une rehausse par pompe à chaleur, IND-UT-138 pour une conversion en électricité ou air comprimé, et IND-UT-139 pour un stockage. IND-UT-118 vise la récupération sur un four.

Quels sont les gisements les plus fréquents en usine ?

Les fumées de fours et de chaudières, les buées de séchage, les condenseurs de groupes frigorifiques, les effluents de traitements humides ou thermiques, et la chaleur des compresseurs d'air.

La récupération sur un groupe froid industriel est-elle finançable ?

Plus directement. IND-UT-117 est abrogée depuis le 1er août 2025 sans remplacement. La chaleur du condenseur peut en revanche alimenter une rehausse par pompe à chaleur au titre d'IND-UT-137.

Peut-on monter plusieurs fiches sur le même gisement ?

Oui, mais sur des fractions distinctes de la source. IND-UT-137 l'autorise explicitement, à condition que la somme des fractions valorisées ne dépasse pas le volume total de la source.

Le régime de fonctionnement change-t-il beaucoup le montant ?

Il décide de presque tout. Sur IND-UT-103, le forfait passe de 10 300 à 43 100 kWh cumac par kilowatt entre un site en 1x8 et un site en 3x8 sans arrêt le week-end, pour la même machine.

Que se passe-t-il au-delà de 16 GWh par an ?

L'opération sort du champ d'IND-UT-138 et d'IND-UT-139, qui plafonnent à ce volume. Le projet peut relever d'un autre cadre de financement, mais plus de ces fiches.

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Page mise à jour le 25 septembre 2026.