Pompe à chaleur en serre : prime CEE et cas d’usage
Une pompe à chaleur en serre agricole relève d’une fiche unique : AGRI-TH-108. Son champ est plus étroit que son intitulé ne le laisse croire, puisqu’elle finance le chauffage de serres maraîchères et horticoles, et rien d’autre. Un bâtiment d’élevage chauffé par pompe à chaleur n’entre pas dans son périmètre.
Pourquoi les serres sont concernées
Le chauffage constitue le premier poste de charges variables d’une serre chauffée, devant les intrants. Il commande aussi le calendrier de production : c’est lui qui décide d’une précocité de récolte, donc d’un prix de vente. Un producteur n’arbitre donc pas seulement un coût, il arbitre une fenêtre commerciale.

Cette double nature change la façon de raisonner l’investissement. Une chaufferie de bureaux se juge sur le temps de retour ; une serre se juge aussi sur ce que la nouvelle puissance autorise en avance de récolte.
Le contexte réglementaire s’est resserré. Quatre fiches serres ont disparu en 2026. La déshumidification thermodynamique et la déshumidification par air extérieur sont tombées le 3 juin. Le stockage d’eau pour serre bioclimatique et la double paroi gonflable ont suivi le 24 juin. En quelques mois, des exploitations ont ainsi perdu des financements sur lesquels elles avaient bâti un plan d’investissement.
AGRI-TH-108 fait partie des fiches qui subsistent, aux côtés de l’isolation des parois, de la couverture performante et des écrans thermiques. Cette survie n’est pas une garantie : elle rend simplement l’arbitrage possible aujourd’hui, et c’est une raison de ne pas différer une décision déjà mûre.
La fiche CEE applicable : AGRI-TH-108
La fiche vise les serres maraîchères et horticoles, neuves ou existantes. C’est une différence notable avec le tertiaire, où BAT-TH-163 exige un bâtiment existant : en serre, une construction neuve reste finançable.
La fiche couvre les PAC eau/eau et air/eau. Les seuils reprennent la logique du dispositif : sous 400 kW de puissance thermique nominale, il faut une efficacité énergétique saisonnière d’au moins 111 % en moyenne et haute température, 126 % en basse température. Au-delà de 400 kW, la fiche demande un COP d’au moins 3,4 mesuré selon la norme EN 14511-2 à 35 °C en sortie d’échangeur intérieur.
Une exclusion tranche avec le tertiaire, et elle est décisive : les PAC installées en relève d’une chaudière à haute performance énergétique ne donnent lieu à aucun certificat. Là où un bâtiment de bureaux peut poser une PAC en appoint et toucher une prime proratisée, une serre équipée d’une chaudière performante ne touche rien. Ce point se vérifie avant l’étude, pas après.
Configurations types
Pour obtenir le montant, on multiplie un forfait par la surface retenue. Le forfait dépend de deux choses seulement : la performance de la machine et le type de culture.
| Performance | Serre maraîchère | Serre horticole |
|---|---|---|
| 111 % ≤ ηs < 126 % | 800 | 380 |
| ηs ≥ 126 % | 970 | 460 |
| 3,4 ≤ COP < 4 (> 400 kW) | 780 | 370 |
| COP ≥ 4 (> 400 kW) | 1 040 | 490 |
Valeurs en kWh cumac par mètre carré de serre chauffée. L’écart entre maraîcher et horticole dépasse le facteur deux : c’est le paramètre qui pèse le plus sur le montant, avant même la performance de la machine.
Le plafond de surface
La fiche ne retient pas la surface chauffée, mais Smin : la plus petite valeur entre la surface réellement chauffée et un plafond lié à la puissance installée. Ce plafond vaut 15 m² par kilowatt en serre maraîchère et 31 m² par kilowatt en serre horticole. Une machine sous-dimensionnée par rapport à la surface fait donc perdre de la surface éligible, sans recours.
Serre maraîchère de 5 000 m², PAC de 350 kW à ηs 130 %. Le plafond vaut 15 × 350 = 5 250 m², supérieur à la surface : Smin retient les 5 000 m². Le volume atteint 4 850 MWh cumac, soit un ordre de grandeur de 24 000 à 43 500 €.
Serre maraîchère d’un hectare, PAC de 600 kW à COP 4,2. Le plafond vaut 15 × 600 = 9 000 m² et mord sur les 10 000 m² chauffés. Smin retient 9 000 m². Le volume atteint 9 360 MWh cumac, soit 46 800 à 84 000 €. Porter la machine à 670 kW aurait récupéré les 1 000 m² perdus.
Serre horticole de 3 000 m², PAC de 200 kW à ηs 130 %. Le plafond de 31 × 200 = 6 200 m² ne mord pas. Le volume atteint 1 380 MWh cumac, soit 6 900 à 12 400 € — pour une surface pourtant comparable au premier cas.
Les volumes en kWh cumac sont exacts, issus des forfaits de la fiche. Les montants en euros dépendent du prix du certificat, dont la formation est détaillée sur la page calcul de la prime.
Contraintes propres aux serres
Quatre contraintes distinguent une installation sous serre d’une chaufferie de bâtiment.
- L’ambiance corrosive : hygrométrie élevée, traitements phytosanitaires et condensation permanente font vieillir échangeurs et carrosseries plus vite qu’en tertiaire.
- Le pic de puissance nocturne : la demande se concentre la nuit et en début de matinée, au moment où la température extérieure est la plus basse et où la machine rend le moins.
- La ressource pour une machine eau/eau : nappe, forage ou plan d’eau supposent une autorisation de prélèvement, dont le délai d’instruction dépasse souvent celui des travaux.
- Le calendrier cultural : les travaux se calent sur le vide sanitaire entre deux cultures, une fenêtre de quelques semaines qui ne se déplace pas.
S’y ajoute la règle commune à tout le dispositif : l’accord de l’obligé précède la signature du devis. Sur un chantier calé sur un vide sanitaire, ce délai se prépare plusieurs mois à l’avance.
Dimensionner avant de chiffrer
Sur cette fiche, le dimensionnement décide du montant avant même la performance. Deux règles le montrent.
La première est le plafond Smin : sous 15 m² par kilowatt en maraîcher, chaque kilowatt manquant retranche de la surface éligible.
La seconde est le palier de performance. Passer de 125 % à 126 % d’efficacité énergétique saisonnière fait bondir le forfait de 800 à 970 kWh cumac par mètre carré en maraîcher. Cela représente 21 % de prime en plus pour un point de rendement.
Ces deux effets de seuil se cumulent. Un projet calé un peu en dessous des deux perd le tiers de sa prime sans que rien ne le signale sur le devis. C’est la vérification à demander avant de signer, et la page éligibilité CEE pompe à chaleur détaille les pièces qui la documentent.
Passer à l’étude
Trois vérifications décident du dossier, et elles se font avant toute commande.
- Aucune chaudière à haute performance énergétique ne reste en amont de la pompe à chaleur.
- La puissance installée couvre la surface au regard du plafond Smin.
- L’accord de l’obligé précède la signature du devis.
Ces trois points se contrôlent en une visite. La page prime CEE pompe à chaleur présente le dossier complet, et la page éligibilité CEE pompe à chaleur les conditions détaillées.
Pour le calcul du montant, voir la page prix d’une pompe à chaleur professionnelle. Pour les autres opérations d’une exploitation, voir la page secteur agricole.
La page obligés CEE explique qui verse la prime, la page secteurs d’activité classe les fiches par secteur, et la page tarifs et aides réunit les repères communs.
Sources
La fiche AGRI-TH-108, en version A35-2, donne le secteur d’application, les conditions de délivrance, les forfaits et la définition de Smin. Le ministère chargé de l’énergie en publie le texte.
Trois références la complètent.
- L’annexe 1 à cette fiche, qui définit le contenu de la partie A de l’attestation sur l’honneur.
- Les arrêtés d’abrogation des fiches serres des 29 mai et 19 juin 2026, publiés sur Légifrance.
- Le règlement (UE) n° 813/2013 pour l’efficacité énergétique saisonnière et la norme EN 14511-2 pour le COP.