Les meubles frigorifiques en grande distribution
Les meubles frigorifiques en grande distribution constituent le premier poste de consommation électrique d’un magasin alimentaire. La fermeture des linéaires est l’opération la plus directe pour le réduire.
Le dispositif la finance à un niveau rare : 25 600 kWh cumac par mètre linéaire de portes sur du froid positif. Sur un supermarché, cela change l’échelle d’un plan d’économies.
Le gisement d’un magasin, format par format
Les ordres de grandeur suivants s’appuient sur des linéaires courants. Les volumes appliquent les forfaits des fiches, et les euros restent indicatifs.
Trois repères suffisent à dimensionner un programme : 768 MWh cumac pour une supérette, 2 560 pour un supermarché, 6 400 pour un hypermarché. Le froid négatif ajoute environ 410 MWh cumac par cinquante mètres de bacs.
Le froid positif représente donc l’essentiel du gisement, dans un rapport de cinq à dix par rapport au négatif. C’est par lui que commence tout programme.
Fermer ou remplacer : l’arbitrage
La clause de non-cumul entre BAT-EQ-134 et les deux fiches de fermeture impose de trancher, meuble par meuble.
La fermeture s’impose sur un parc en bon état. Poser des portes coûte une fraction du prix d’un meuble neuf, pour un forfait de 25 600 kWh cumac par mètre. Ce forfait dépasse même celui d’un meuble neuf de classe D, qui plafonne à 22 600.
Le remplacement se justifie dans trois situations.
- Les meubles arrivent en fin de vie et devaient être changés de toute façon.
- Le magasin fait l’objet d’une rénovation complète, avec reprise du concept marchand.
- Les meubles visés atteignent une classe d’efficacité B ou A, dont les forfaits — 38 200 et 43 800 par mètre en vertical — dépassent nettement celui de la fermeture.
Un point mérite d’être posé sans détour : sur un parc existant en bon état, remplacer pour obtenir la prime n’a pas de sens économique. La fermeture délivre un forfait comparable pour un investissement dix fois moindre.
Les grilles complètes figurent sur la page prime CEE meuble frigorifique, et les conditions sur la page éligibilité BAT-EQ-124.
La question commerciale
Elle domine les discussions en magasin, bien plus que la technique, et elle mérite d’être traitée honnêtement.
La crainte est que la porte fasse écran entre le client et le produit. C’est un sujet de merchandising, pas d’énergie, et il ne relève pas du dispositif des certificats.
Deux constats objectifs peuvent néanmoins éclairer la décision.
- La généralisation des portes sur le froid positif a modifié les habitudes d’achat : le format n’est plus une exception dans le paysage commercial français.
- Le confort d’achat s’améliore dans l’allée, la zone froide devant les meubles ouverts disparaissant.
La décision reste celle de l’enseigne, et elle se prend sur des critères commerciaux. Le rôle d’un dossier de financement est de chiffrer l’un des termes de l’équation, pas de trancher les autres.
Ce que la fermeture change sur la centrale
Fermer les meubles réduit la charge appelée sur la centrale de froid, et cet effet se prolonge au-delà de la prime.
Trois conséquences en découlent sur l’installation.
- La puissance frigorifique nécessaire baisse, ce qui peut rendre la centrale surdimensionnée.
- Le taux de charge des compresseurs diminue, avec un fonctionnement plus fréquent à charge partielle.
- Le dégivrage se réduit, l’humidité du magasin n’entrant plus dans les meubles.
Le premier point demande une attention particulière. Une centrale devenue trop puissante multiplie les cycles courts, ce qui dégrade son rendement et use les compresseurs.
L’ordre des opérations compte donc : fermer d’abord, régler la centrale ensuite. La régulation de pression flottante se traite sur la page régulation HP et BP flottante, et le remplacement de centrale sur la page CO₂ transcritique.
Conduire une campagne sur un parc
Une enseigne qui exploite plusieurs magasins gagne à traiter le sujet en une opération, pas magasin par magasin.
Le relevé de linéaire précède tout, et il tient en quatre colonnes par magasin.
- La longueur de meubles verticaux à température positive, candidats aux portes.
- La longueur de meubles horizontaux à température négative, avec leur architecture : simple, double ou combiné.
- L’âge et l’état des meubles, qui orientent vers la fermeture ou le remplacement.
- Les meubles exclus : armoires à boissons, conservateurs prêtés par des industriels, meubles bi-tempérés.
Ce relevé sert trois fois. Il chiffre la prime, il désigne les magasins à traiter en priorité, et il constitue la base de la négociation avec l’obligé.
Le volume groupé améliore le prix du certificat. Un programme de vingt magasins pèse plusieurs dizaines de milliers de MWh cumac, ce qui place la négociation à un autre niveau qu’un dossier isolé. Le mécanisme est expliqué sur la page obligés CEE.
Une contrainte de calendrier s’ajoute pour le remplacement : BAT-EQ-134 s’applique aux opérations engagées jusqu’au 31 décembre 2028. Un programme pluriannuel de renouvellement doit en tenir compte pour ses dernières tranches.
Les autres opérations d’un magasin
Le froid ne s’arrête pas aux meubles, et le magasin consomme ailleurs. Trois familles d’opérations complètent la fermeture des linéaires.
- La centrale de froid : régulation de pression flottante, passage au CO₂ transcritique.
- Le bâtiment : gestion technique, traitement d’air, éclairage.
- Le format drive, écarté de la fiche couvercles, qui relève des seules opérations de bâtiment.
Sur la centrale de froid, la régulation de pression flottante et le passage au CO₂ relèvent d’autres fiches, cumulables avec la fermeture des meubles puisqu’elles portent sur des équipements distincts.
Sur le bâtiment, la gestion technique et le traitement d’air suivent les fiches tertiaires. La page CEE grande distribution liste l’ensemble des opérations mobilisables par une surface de vente, et la page CEE tertiaire celles d’un parc de bâtiments.
L’ensemble des opérations traitées ici figure sur la page solutions CEE, et le passage du volume de certificats au montant sur la page calcul de la prime.
Ce que le relevé doit éviter de compter
Trois catégories de meubles figurent dans un magasin sans ouvrir de droits, et les inclure au relevé fausse le chiffrage.
Les armoires à boissons — cannettes, bouteilles d’eau — sont exclues de BAT-EQ-134. Elles occupent pourtant plusieurs mètres en caisse et en entrée de magasin.
Les conservateurs prêtés ou loués par un industriel restent sa propriété. Ils portent souvent une marque de glaces ou de surgelés, et ils sont exclus quelle que soit leur consommation.
Les meubles bi-tempérés, enfin, sortent du champ de BAT-EQ-134 sans exception.
Ces exclusions ne concernent que le remplacement. Un meuble exclu de BAT-EQ-134 peut, s’il s’agit d’un vertical positif existant, être fermé au titre de BAT-EQ-124 — les deux fiches n’ayant ni le même champ ni les mêmes exclusions.
Le détail de ces conditions figure sur la page éligibilité BAT-EQ-124.
Sources
Les forfaits, les secteurs d’application, les exclusions et la clause de non-cumul proviennent des fiches BAT-EQ-124, BAT-EQ-125 et BAT-EQ-134, dont le ministère chargé de l’énergie publie le texte applicable.
Le statut de ces fiches et la date limite d’engagement de BAT-EQ-134 se vérifient contre les arrêtés parus sur Légifrance.
Les longueurs de linéaire retenues pour les trois formats de magasin sont des ordres de grandeur destinés au chiffrage, et non des valeurs issues des fiches. Le relevé réel du magasin reste la seule base du dossier.